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actualisation des données sur a bouche de Napoléon

 
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medecine
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MessagePosté le: Jeu 3 Déc - 17:15 (2009)    Sujet du message: actualisation des données sur a bouche de Napoléon Répondre en citant

Une histoire dans l’Histoire : actualisation des données sur la bouche de Napoléon (1769-1821)  
par  
Xavier Riaud*  
Bonaparte


Il serait né avec des dents (Lamendin, 2006). En fait, deux dents, semble-t-il. Des témoins affirment que Bonaparte aurait connu une dame à Toulon qui s’en serait éprise, « rien qu’à cause de ses dents ». Constant (Lamendin, 2002), le domestique de Bonaparte, fait état des belles dents de son maître à son retour d’Egypte. En 1798, Bonaparte (Tallandier, 1843) qui n’est encore que général, achète son premier nécessaire à dents.
Alexandre Dumas (Dumas, 2006) ne pense-t-il pas de même en parlant de Bonaparte au lendemain du 18 brumaire : « Il avait la même prétention pour ses dents ; les dents en effet étaient belles, mais elles n’avaient point la splendeur des mains. »


Hygiène dentaire


L’hygiène corporelle de Napoléon est très méthodique et méticuleuse. Le brossage des dents en est une étape particulièrement prisée. L’Empereur dispose à cet effet de plusieurs « Nécessaires à dents ». Ainsi, à Ulm et Austerlitz, Napoléon (Rousseau (a), non daté) dispose d’une cassette de campagne dévolue à l’entretien de ses dents. C’est le plus important jamais utilisé par lui. Il est composé de 103 pièces. En 1810, l’Empereur possède un nécessaire essentiellement composé de rugines à détartrer, coffret qui est d’ailleurs réparé par Grangeret, le célèbre coutelier, cette année-là. Un autre est dérobé en 1815 par un soldat dans les bagages du train du Corse.
Las Cases (De Las Cases, 1999) décrit les détails minutieux de la toilette de Napoléon. Après la barbe et le nettoyage du visage, en dernière partie, « …Vient ensuite l’histoire des dents… » Las Cases est banni de Sainte Hélène en décembre 1816. Il fait également allusion aux « symptômes scorbutiques » dont Napoléon a souffert pendant son exil à Sainte-Hélène.
A sa mort, son testament stipule : « Je donne à mon fils le nécessaire d’or, pour les dents resté chez le dentiste. »


Matériel utilisé


De plus, il dispose en la personne de Jean-Joseph Dubois-Foucou (SOP, 2006) d’un opérateur pour les dents qui a officié sur sa personne de 1806 à 1813. D’après F. Masson (Lamendin, 2000), l’un des plus grands historiographes de Napoléon, l’entretien que ce dernier a apporté à ses dents était tel qu’il avait « toutes ses dents  belles, fortes et bien rangées. » Il ajoute : « …Il curait soigneusement ses dents avec un cure-dents en buis, puis les brossait longuement avec une brosse trempée dans de l’opiat, revenait avec du corail fin, et se rinçait la bouche avec un mélange d’eau-de-vie et d’eau fraîche. Il se raclait enfin la langue avec un racloir d’argent, de vermeil ou d’écaille. » En 1806, Gervais-Chardin, « parfumeur de Leurs Majestés Impériales et Royales », livre 52 boîtes d’opiat dentifrice pour un montant de 306 francs, 15 douzaines de cure-dents en buis et en ivoire. Le 25 octobre 1808, il livre 24 douzaines de cure-dents en buis, 6 boîtes de corail fin pour les dents au prix de 36 francs et 28 boîtes d’opiat superfin facturées 168 francs. Le 20 mars 1815, le parfumeur Teissier fournit 3


(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat de l’Académie Nationale de Chirurgie Dentaire
boîtes d’opiat en bois d’ébène pour la somme de 18 francs et 28 pots d’opiat à la rose au coût de 56 francs. Le 27 mars 1815, son nécessaire est entièrement réparé à la demande de Dubois-Foucou.
Jamais durant son règne, le monarque ne semble avoir eu recours aux services de Dubois-Foucou, excepté pour des nettoyages.


Arrivée à Sainte Hélène


En 1815, lors de son embarquement vers l’île de Sainte-Hélène, un officier britannique du nom de Maitland (Lamendin, 2002), observe : « les yeux sont gris clair, les dents sont bonnes. » Un autre, Senhouse, présent à ce moment-là, dit : « des yeux bleus clairs et de vilaines dents. » Lady Malcolm a vu Napoléon, quant à elle, avec « des yeux clairs ou gris, de bonnes dents blanches et égales, mais petites. » Bunbury, lui, affirme : « Il a des yeux gris, ses dents sont vilaines et malpropres. » Lord Rosebery déclare que : « Les dents de l’Empereur sont mauvaises et sales, mais il les montre très peu. » Enfin, Augustin Cabanès (Cabanès, 1928) rapporte que : « Napoléon mange du suc de réglisse, qui aurait, à la longue noirci ses dents. » Il ajoute que : « Cette assertion mériterait confirmation. »


Premier abcès dentaire


Pendant son exil, l’Empereur (Balcombe, 1898) a souffert d’abcès dentaires qui semblent venir de sa dent de sagesse supérieure droite extrêmement mobile. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Las Cases (De Las Cases, 1999) situe le premier épisode de fluxion dentaire au samedi 26 octobre 1816. « Je l’ai trouvé, la tête empaquetée d’un mouchoir,… « Quel est le mal le plus vif, la douleur la plus aiguë ? » demandait-il. Je répondais que c’était toujours celle du moment. « Eh bien ! C’est donc le mal de dents », m’a-t-il dit. En effet, il avait une violente fluxion ; sa joue droite était enflée et fort rouge…Je me suis mis à lui chauffer alternativement une flanelle et une serviette qu’il appliquait tour à tour sur la partie souffrante, et il disait en ressentir beaucoup de bien. » Le dimanche 27, «… Ses douleurs de tête et de dents étaient extrêmement vives. La fluxion n’avait nullement diminué… » Le 30, « L’Empereur aujourd’hui n’a pas été mieux…Sur le soir le docteur est arrivé ; il portait plusieurs gargarismes innocents, disait-il ; mais il n’en a pas eu moins de peine à en trouver l’emploi. L’Empereur avait beaucoup de boutons sur les lèvres, dans la bouche et jusque dans le gosier ; il avait beaucoup de peine à avaler, même à parler, disait-il. » Le jeudi 31, « …Il souffrait beaucoup, surtout des boutons qui couvraient ses lèvres… » Le 2 novembre 1816, « …il avait une fluxion décidée… » Le mardi 5, « …La guérison de sa bouche avançait ; mais ses dents demeuraient encore fort sensibles… » Le samedi 9, « …L’Empereur, à dîner, était fort bien, très content et même gai ; il se félicitait d’avoir passé sa dernière crise sans s’être soumis à la médecine, sans avoir payé tribut au docteur… »
A cette époque, le Baron Sturmer, envoyé de l’Autriche à Sainte-Hélène (Lamendin, 2000), écrit à Metternich : « Il est en bonne santé et menace de vivre longtemps. » Plus loin, il ajoute : « Il a une fluxion des gencives. »



Symptômes scorbutiques

Barry O’Meara (Lamendin, 2000), son médecin irlandais, signale à cette occasion des symptômes de scorbut. En 1817, tantôt l’Empereur a les jambes enflées, tantôt le scorbut envahit ses gencives. En juillet, il présente une nouvelle fluxion du visage consécutive à ses mauvaises dents. Le médecin veut lui en arracher une « qui branle. » Napoléon refuse l’opération. En novembre, O’Meara note : « Il s’est plaint d’une douleur dans la joue droite, qui provenait de sa dent malade. Ses gencives étaient spongieuses et saignaient au plus léger attouchement. » Quelques jours plus tard, il écrit : « L’Empereur souffre des gencives ; les siennes sont spongieuses. », puis « la partie droite des mâchoires est considérablement tuméfiée. » Malgré tout, Napoléon finit par accepter. Le médecin effectue l’extraction après avoir fait asseoir l’Empereur par terre. Le lieutenant-colonel Gorregner (SOP, 2006), secrétaire personnel de Sir Hugues Lowe sur Sainte-Hélène (Rousseau (b), non daté), rapporte : « Il (le général Bonaparte) a perdu récemment une dent (la dent de sagesse). Ce fut la première opération chirurgicale qui ne fut jamais exécutée sur sa personne et en cette circonstance, sa conduite fut loin d’être courageuse. Pour pouvoir procéder à l’extraction de la dent malade, le docteur O’Meara, fut obligé de le faire maintenir par terre. Depuis ce temps, il se plaint beaucoup et garde la chambre où, malgré la chaleur de la saison, il exige qu’on fasse du feu. Il reste ainsi à cuire pendant des heures… » C’est la première dent enlevée à Napoléon. Jusque-là, il n’en avait presque jamais souffert. Pour le Français, « cette dent était à peine gâtée et aurait pu être plombée » (ceci est tiré d’un rapport du Baron Sturmer (Lamendin, 2000)). A l’occasion de cette intervention, Betsy Balcombe (SOP, 2006) se serait exclamée : « Comment ! Vous vous plaignez de la douleur causée par une opération de si peu d’importance ! Vous qui avez assisté à d’innombrables batailles et passé à travers une pluie de balles, vous qui avez été blessé plus d’une fois ! J’en ai honte pour vous. Mais, peu importe, donnez-moi cette dent !... » Montholon (Bastien & Jeandel, 2005) date cette intervention au 16 novembre 1817.


Aux bons soins du docteur O’Meara…


Pour lutter contre le scorbut, O’Meara (Lamendin, 2000) fait appel aux plantes antiscorbutiques (fumeterre, cochléaria, etc…) et à un opiat dentifrice contenant les mêmes plantes, triturées avec de la conserve de rose.
Plus tard, O’Meara commercialisera un « dentifrice du docteur O’Meara, ex-premier médecin de Napoléon à Sainte-Hélène. »
Dans un rapport en date du 9 juillet 1818, O’Meara (Bastien & Jeandel, 2005) rapporte que : « …les gencives (de l’Empereur) ont pris une apparence spongieuse, scorbutique ;… Trois molaires étaient attaquées. Je jugeai d’après cette circonstance qu’elles devaient en partie être à cause des affections inflammatoires des muscles et des membranes de la mâchoire. Je pensais en outre qu’elles avaient produit le catarrhe. Je les arrachai à des intervalles convenables… Je conseillai pour détruire l’apparence scorbutique qu’avaient prise les gencives, l’usage de légumes, des acides. Je réussis. Elle disparut, reparut encore et fut dissipée par le même moyen…Langue presque constamment blanche… »  D’après le maréchal Bertrand, Napoléon connaît d’autres problèmes dentaires après janvier 1818, mais il reste très vague quant aux dates.
En 1821, dans la nuit du 4 au 5 mai, Napoléon décède vers 4 heures.


Dubois-Foucou, son dentiste personnel


Jean Joseph Dubois-Foucou (1747-1830) a été, successivement, chirurgien-dentiste de Louis XVI, de Napoléon 1er, de Louis XVIII (Lamendin, 2007) qui le garde uniquement parce qu’il s’est occupé du roi décapité et de Charles X. Son nom est en fait, tout simplement Dubois, mais il a préféré lui adjoindre celui de Foucou, l’un de ses parents, lequel était un artiste (Rousseau (c), non daté).
Dubois-Foucou était maître en chirurgie de Paris, ayant soutenue sa thèse en 1775 intitulée « De dentis vitiose positorum curatione », et membre de l’Académie Royale de Chirurgie. En 1808, il publie « Exposé de nouveaux procédés pour la confection des dents, dites de composition ». Il est également l’instigateur et le concepteur des coffrets « Nécessaires à dents » de Napoléon et de Louis XVIII. Il n’est plus en activité en 1826 bien qu’il ait conservé son titre (Lamendin, 2007).

 
Au Musée Tussaud, à Londres, une dent de Napoléon, extraite par O’Meara, est exposée (Lamendin, 2000). La relique serait une troisième molaire supérieure. Récemment, une de ses dents, une canine semble-t-il,  se seraient vendues pour la modique somme de 19 336 euro.Il est constaté une brosse à dents dans tous les nécessaires de campagne de l’Empereur (Bogopolsky, 1995). C’est le cas de celui qui appartenait au musée Carnavalet à Paris. Ce nécessaire est l’œuvre de Biennais, un tabletier, qui l’a achevé en 1805.
Le manche est vermeil, les poils en sanglier et la tête vissée interchangeable. Il porte, sculpté, le « N » impérial. Ce nécessaire a été remis par Napoléon au général Bertrand qui devait le transmettre au Roi de Rome à l’occasion de ses seize ans. Ne pouvant le faire, le militaire l’a légué à la ville de Paris en 1840.


Références bibliographiques :


- Agence photographique Réunion des Musées Nationaux, photo Bricart Nicolas-Pierre, 2007
- Balcombe Betsy, Napoléon à Sainte-Hélène, Plon (éd.), Paris, 1898, pp. 22-23
- Bogopolsky Sacha, La brosse à dents ou l’histoire de la « mal aimée », CdP (éd.), Paris, 1995, p. 20
- Bastien Jacques & Jeandel Roland, Napoléon à Sainte Hélène – Etude critique de ses pathologies et des causes de son décès, Le Publieur (éd.), 2005, pp. 26-29, 48, 53
- Cabanès A., Légendes et curiosités de l’Histoire, A. Michel (éd.), 1928
- De Las Cases Emmanuel, Mémorial de Sainte-Hélène, Le Grand Livre du Mois (éd.), Tome IV, Paris, 1999, pp. 64-119 (réédition de la première version de 1822)
- Dumas Alexandre, Les compagnons de Jéhu, Phoebus (éd.), Paris, 2006, p. 426
- Fondation Napoléon, catalogue "Trésors de la FondationNapoléon", Paris, 2007

- Lamendin Henri, Napoléon, des dentistes et l’Histoire..., in Le Chirurgien-Dentiste de France, 6-13/01/2000 ; 966/967 : 66-71
- Lamendin Henri, Anecdodontes, Aventis (éd.), 2002, pp. 49-50
- Lamendin Henri, Petites histoires de l’art dentaire d’hier et d’aujourd’hui (Anecdodontes), L’Harmattan (éd.), Collection Ethique médicale, Paris, 2006, pp. 11-12
- Lamendin Henri, Praticiens de l’Art Dentaire du XIVème au XXème siècle, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2007, p. 51
- Rousseau Claude (a), Histoire de l’aménagement du cabinet dentaire – Le coffret d’instruments dentaires de Napoléon, l’énigme de son testament, in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art  Dentaire (SFHAD), Paris, http://www.bium.univ-paris5.fr, non daté, pp.1-8
- Rousseau Claude (b), Le coffret d’instruments de chirurgie dentaire de Napoléon, l’énigme de son testament, Actes de la SFHAD, http://www.bium.univ-paris5.fr, non daté, pp. 1-8
- Rousseau Claude (c), Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire – L’énigme posée par l’attribution à Louis XVIII ou à Charles X d’un « nécessaire à dents » de Pierre-François Grangeret, Actes de la SFHAD, http://www.bium.univ-paris5.fr, pp. 1-7
- Société Odontologique de Paris, Les daviers de Napoléon, http://www.sop.asso.fr, 2006, p. 4
- Tallandier M.A., Discours prononcé aux funérailles de Biennais, Paris 1843


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